(cet article puise ses sources dans les deux chapitres
du livre de David Servan-Schreiber consacrés
à l'EMDR, "Guérir"
chez Robert Laffont.)
Une des caractéristiques d'une personne
qui a vécu un traumatisme, ce sont les
pensées, images au sujet de l'événement
qu'elle continue d'évoquer. A cause de
ces pensées et images, elle ressent toujours
des émotions liées au traumatisme
et demeure donc reliée à l'événement
(flash-back, images intrusives...). Ceci a pour
conséquence des altérations dans
sa vie affective, des phénomènes
d'agressivité ou d'auto-agressivité,
une moins bonne concentration, de l'inattention,
des somatisations. Quand des émotions
négatives surgissent, la personne a du
mal à les gérer. Elle se sent
inefficace voire responsable ou honteuse de
ce qui lui est arrivée. Il arrive même
qu'elle minimise l'événement qui
lui est arrivé. Certains traumatisés
en viennent à idéaliser leur agresseur
(syndrome de Stockholm) et ne veulent pas lui
causer du tort. Le traumatisme aboutit parfois
à un manque de confiance vis à
vis des autres en général. On
note bien sûr des états de stress
qui ont des impacts à tous les niveaux.
Cela peut enfin aboutir à des sentiments
de désespoir. Cette personne va souvent
chercher à éviter d'entrer en
contact avec tout ce qui peut lui rappeler le
traumatisme.
Certains chercheurs ont montré que la
peur se forme directement dans le cerveau
émotionnel. Elle ne passe pas
par le cortex. Ces recherches ont démontré
que le cerveau émotionnel ne "désapprend"
jamais la peur. Face à un traumatisme
ayant généré une grande
peur, on ne peut que chercher à la contrôler
grâce à notre néocortex,
notre cerveau cognitif. Mais
la peur demeure néanmoins dans notre
cerveau émotionnel.
Les traces - sortes de cicatrices émotionnelles
- laissées par le traumatisme dans le
cerveau limbique peuvent se manifester dès
que notre capacité de contrôle
fléchit.
Il existe en fait, en chacun de nous, un mécanisme
de digestion des traumatismes émotionnels
appelé le "système
adaptatif de traitement de l'information".
Le système nerveux extrait l'information
utile et se débarrasse en quelques jours
des émotions, des pensées et de
l'activation physiologique qui ne sont plus
nécessaires une fois l'événement
passé.
Ce travail fait penser au "travail
de deuil" que Freud a très
bien décrit et que l'on retrouve en sophro-analyse
et dans d'autres méthodes sous le nom
"d'acceptation" émotionnelle.
Après une perte, notre cerveau est temporairement
désorienté. Il lui faut du temps
pour retrouver l'équilibre
appelé "homéostasie"
par les physiologistes. Quand cet équilibre
est retrouvé, l'organisme en sort renforcé.
La personne devient alors plus flexible, dispose
de nouvelles ressources.
Mais, quand, suite à un traumatisme,
l'information concernant le traumatisme n'est
pas digérée, elle est alors bloquée
dans le système nerveux et gravée
dans sa forme initiale. Les images,
les pensées, les sons,
les odeurs, les émotions,
les sensations corporelles
et les convictions qu'on en
a tirées (les croyances,
les conclusions...) sont alors stockées
dans un réseau de neurones.
Ancré dans le cerveau émotionnel,
déconnecté des connaissances rationnelles,
ce réseau devient un paquet d'informations
non traitées et dysfonctionnelles que
le moindre rappel du traumatisme initial suffit
à réactiver.
A cause de cela, ces images,
ces sons, ces odeurs,
ces pensées ou même
ces sensations physiques ressemblant
aux circonstances de l'événement
traumatique peuvent déclencher le rappel
de la totalité de l'expérience
traumatique. On parle de stimuli. En PNL, on
appelle cela des 'ancres' inconscientes.
Dans ce contexte là, les mouvements
oculaires constituent un moyen naturel,
efficace et souvent rapide de guérison
du cerveau pour que celui-ci achève
ce qu'il n'a pu faire après un traumatisme
psychologique.
Une étude a montré que 80% des
patients ne montraient plus de symptômes
d'état de stress post-traumatique après
trois séances d'EMDR. Des résultats
identiques peuvent être obtenus avec des
techniques de PNL (désactivation
d'ancres, dissociation simple ou double...)
Un des effets intéressants de l'EMDR,
c'est aussi la transformation des émotions.
La personne peut voir sa peur transformée
en colère. Puis, sa colère peut
se transformer en tristesse. Puis, s'installent
de la compréhension, de l'acceptation
grâce notamment à tous les liens
qui se font pendant le travail. La compréhension
des mécanismes émotionnels est
une donnée indispensable pour le sophrologue
qui dispose également avec l'arsenal
sophrologique de techniques efficaces de contrôle
et de gestion des émotions.
Les mouvements de l'EMDR induisent également
une réponse de relaxation
obligatoire. Ce qui laisse penser que ce travail
active le système parasympathique,
comme le fait la relaxation sophrologique.
L'EMDR est un outil complémentaire très
intéressant pour le sophro-analyste.
Il lui permet d'affiner le travail d'association
via les processus cognitifs et d'aller au plus
près des émotions grâce
à un décryptage de celles-ci.
On obtient alors des informations comparables
au travail sophro-analytique. Les résultats
sont parfois spectaculaires, rapides. Le travail
cognitif proposé par l'EMDR intéresse
le sophrologue et rejoint les techniques d'affirmation
positive qu'il a apprises en formation.
A noter qu'il existe également une seconde
méthode appelée IMO (Intégration
par les Mouvements oculaires) qui utilise
également les stimulations alternées
pour désactiver les événements
traumatiques ou douloureux. Comme l'EMDR, l'IMO
retraite l'information et amène des prises
de conscience et des changements particulièrement
rapides.
|
| Traditionnellement, la séance de sophrologie
débute par quelques mouvements dynamiques.
Ceux-ci sont une transition entre notre vie active
et ouverte sur le monde extérieur et le
niveau sophro-liminal qui nous ouvre sur notre
vie intérieure. Ce sas est important et
sauf exception doit être respecté.
Il évacue les tensions les plus évidentes
et nous installe dans une écoute du corps.
Avec une autre approche, la sophronisation
dynamique propose une entrée
progressive dans notre vie intérieure
en associant lecture du corps et mouvements
corporels. La succession de ces mouvements (essentiellement
des rotations) :
- nous fait percevoir plus finement notre corps
- affine le relâchement musculaire
- permet de 'mieux gérer notre détente
mentale et notre niveau sophro-liminal...
- nous installe dans un niveau de conscience
intermédiaire, ni trop éveillé,
ni trop relaxé
- favorise l'accès à la méditation
sophronique
- nous fait redécouvrir la sophronisation
de base sous un nouvel angle évitant
les pièges de la routine
Séance
" Nous nous installons en position assise,
soit sur le milieu du siège, soit dans
le fond du siège, mais le dos droit.
Le choix entre les deux positions sera fonction
de la chaise. Le fauteuil est ici à déconseiller.
On se trouve donc dans une position intermédiaire
entre la position du 1er degré et celle
du 3ème degré.
Après les préliminaires (conscience
de la chaise, du sol, de la posture, du souffle...),
nous dirigeons notre attention vers la tête.
1er
mouvement
Nous réalisons une circumduction souple
de la tête. Après avoir amené
le menton près du thorax, nous dirigeons
la tête vers la droite, vers l'arrière
(ne pas chercher à aller très
loin) vers la gauche puis vers le menton. Nous
reprenons deux autres fois. Puis, après
une courte pause, nous faisons la circumduction
trois fois dans l'autre sens.
Chaque circumduction peut être réalisée
en respiration libre ou bien en association
avec le souffle. Dans ce cas, nous inspirons
durant la moitié d'une rotation et nous
expirons durant l'autre moitié. Le mouvement
est bien sûr réalisé en
toute conscience.
Nous ramenons la tête en position verticale
et nous laissons se relâcher tous les
traits du visage, le cuir chevelu, l'intérieur
de la bouche, le cou et la nuque. La langue
est souplement en contact avec la naissance
de la gencive supérieure.
2ème
mouvement
Nous positionnons maintenant les bras le long
du corps.
Nous les soulevons en les dirigeant vers l'avant,
puis vers le ciel et ils redescendent latéralement.
Nous effectuons le mouvement deux autres fois.
Là aussi, nous pouvons associer le mouvement
des bras avec celui du souffle. A l'inspire,
les bras se lèvent. A l'expire, ils redescendent.
Puis, on reprend l'exercice trois fois dans
l'autre sens: les bras se lèvent latéralement,
s'allongent vers le ciel puis redescendent vers
l'avant.
Les mains se reposent sur les cuisses.
Nous laissons se relâcher les épaules,
les bras et les coudes. Les avant-bras, les
poignets et les mains.
Mais nous vérifions aussi le relâchement
du visage, de l'intérieur de la bouche
et du cuir chevelu. Le relâchement du
cou et de la nuque.
3ème
mouvement
Maintenant, nous penchons légèrement
le buste vers l'avant.
Nous réalisons une circumduction à
partir du bassin. Et nous dirigeons le buste
vers la droite, vers l'arrière, vers
la gauche et il revient vers l'avant. Nous reprenons
deux autres fois dans ce sens. Et nous ferons
ensuite le mouvement trois fois dans le sens
inverse. La moitié du mouvement peut
se réaliser sur l'inspire et l'autre
bien entendu sur l'expire.
Retour à la position initiale. Relâchement
de tout le dos, du thorax, du ventre.
Mais nous vérifions également
le relâchement du visage, de l'intérieur
de la bouche et du cuir chevelu. Le relâchement
du cou et de la nuque. Le relâchement
des épaules, des bras et des coudes.
Des avant-bras, des poignets et des mains.
4ème
mouvement
Nous prenons conscience de notre bassin. Sur
l'inspiration, nous basculons notre bassin vers
l'avant: la région lombaire se creuse,
le ventre part en avant. Sur l'expiration, nous
ramenons le bassin dans l'autre sens et nous
le basculons vers l'arrière: le bas du
dos s'arrondit, le ventre se rentre. Nous reprenons
deux autres fois.
Retour à la position initiale. Nous laissons
se relâcher le bas-ventre, le bassin,
les fesses, les hanches, le périnée,
la région génitale.
Mais nous vérifions également
le relâchement du visage, de l'intérieur
de la bouche et du cuir chevelu. Le relâchement
du cou et de la nuque. Le relâchement
des épaules, des bras et des mains. Du
dos, du thorax et du ventre.
5ème
mouvement
Nous allongeons nos jambes et soulevons légèrement
les pieds. Là aussi, nous réalisons
une rotation. De part la position inhabituelle
des jambes, la rotation sera forcément
restreinte et, pour certaines personnes, très
limitée. En respirant lentement, nous
faisons ces petites rotations, plusieurs fois
dans un sens puis dans l'autre.
Retour à la position initiale. Nous laissons
se relâcher les cuisses, les genoux, les
mollets, les chevilles et les pieds.
Mais nous relâchons également le
visage, l'intérieur de la bouche et le
cuir chevelu. Le cou et la nuque. Les épaules,
les bras et les mains. Le dos, le thorax et
le ventre. Tout le bassin.
6ème
mouvement
Avec un minimum d'effort, nous passons à
la position debout.
Après avoir bien retrouvé l'équilibre
orthostatique, nous réalisons également
une rotation. Nous nous penchons légèrement
vers l'avant, la droite, l'arrière, la
gauche et à nouveau vers l'avant. Le
mouvement doit être de très faible
amplitude et peut être vécu les
yeux mi-clos. En respiration libre ou en associant
la moitié de chaque rotation à
l'inspire et l'autre à l'expire. Le mouvement
est ensuite vécu dans l'autre sens.
De retour au centre, nous laissons le corps
s'immobiliser, se détendre. Puis, nous
nous asseyons confortablement. Et là,
nous laissons se relâcher le visage, l'intérieur
de la bouche, le cuir chevelu. Les épaules,
les bras et les mains. Tout l'axe vertébral.
Le thorax et l'abdomen. Tout le bassin. Les
jambes et les pieds.
Le
niveau sophro-liminal
Nous observons notre respiration, toute notre
respiration. Tout ce qui se passe corporellement
et intérieurement quand nous inspirons.
Il y a des mouvements, des sensations, du relâchement,
de l'intériorisation... Pendant quelques
minutes environ, nous sommes tout entier avec
et dans notre souffle.
La
paix intérieure
Et nous nous établissons alors dans notre
paix intérieure (pour reprendre les mots
d'Arnaud Desjardins). Nous entrons réellement
en contact avec cette part de nous-mêmes
toujours calme et paisible, non duelle. Nous
faisons UN avec elle. Durant quelques minutes
environ.
Désophronisation
Lorsque nous quitterons ce niveau sophro-liminal
particulier (avec tous les moyens habituels:
respirations, étirements...) nous demeurerons
en contact avec cette paix intérieure.
|